
aulnes, peinture à huile par Martin Klatt, L'esprit des arbres
Vivre avec lesprit des arbresArticle de Fred Hageneder dans Mensch et Sein, Munich, février 2001
Les arbres sont des gardiens protégeant toute vie sur terre comme un arbre nous offre lombre régénératrice sous le soleil de lété. En raison de cette protection de toute vie et en raison des arbres qui nous conseillent lors de nos voyages spirituels, les hommes ont respecté, ont aimé et révéré les arbres. Cette affirmation date dil y a plus de 6000 ans, on peut le voir dans lhumanité de lâge de pierre. On a eu un profond rapport religieux avec les arbres longtemps avant que les religions aient été inventées. La sagesse des arbres est aussi vieille que le début de la conscience humaine. Quand les premiers hommes ont commencé à poser des questions sur eux-mêmes et le cosmos, les arbres étaient parmi les premiers à pouvoir leur répondre. La révérence spirituelle des arbres a cessé dexister au 20° siècle, au courant de lindustrialisation et de la mentalité dexploitation-de-ressources.
Pourquoi les arbres sont-ils si spéciaux? Comment nos ancêtres ont-ils montré leur respect pour eux et que pouvons-nous mieux faire?
Dans la nature, nous pouvons observer la tendance pour la coopération, même dans le monde subatomique les particules ne sont pas séparées. La forêt est lexemple le plus riche et le plus parfait pour la coopération et le travail déquipe dans la nature. Avec sa multitude de formes de vie, avec son esprit de travail déquipe et sa faculté dadaptation, elle est lélément essentiel de la planète. Cest pourquoi la forêt a été le biotope dominant pendant des centaines de millions dannées (en dehors des océans).
La forêt est le poumon vert de la planète, elle est lorgane déchange entre la terre et lunivers: dans les années 80, le mathématicien écossais Laurence Edwards a découvert que les bourgeons dhiver des feuillus palpitent en rythme. Ces palpitements reflètent les mouvements des planètes de notre système solaire. Le chêne, par exemple, répond aux mouvements et aux positions de la planète Mars, tandis que le hêtre répond principalement à Saturne, le bouleau à Venus, lérable à Jupiter, lorme à Mercure, le frêne au soleil, le cerisier à la lune.

Loscillogramme des palpitations des bourgeons de chênes en Écosse en hiver 1982-1983: la plus grande expansion des bourgeons est indiquée par les points les plus profonds de la ligne. Ceux-ci coincident avec les flèches noires correspondantes aux conjonctions et aux oppositions de la lune avec Mars.
Les courants électriques des arbres ont exactement été examinés. Chaque changement, chaque événement dans la nature est reflété à lintérieur des arbres. Les zones bio-électriques des arbres réagissent sensiblement aux changements de lumière et dobscurité et aux changements des saisons, aux phases de la lune, au cycle solaire, aux changements de la charge électrique dans lair et même aux changements du champ magnétique de la terre. Puisque leurs courants électriques sont tellement étroitement joins à leur métabolisme biochimique, il est maintenant possible de prévoir une maladie chez un arbre en mesurant ses courants électriques avant que les symptômes externes soient visibles.
Mais les arbres reçoivent des informations encore de plus grandes distances. Au milieu des années 70, des botanistes russes ont examiné les cernes dun genièvre agé de 807 ans ( Juniperus turkis tanicus) dans une altitude très élevée dans les montagnes de Serawashan. Les cernes ont clairement reflété les supernovas qui sétaient produites dans notre galaxie (1604, 1770, 1952): aucune étoile de la voie lactée ne peut mourir sans que les arbres ne sen aperçoivent. Pendant la jeunesse dun arbre lamplitude des courants électriques augmente dannée en année.
Leur courant de sève transforme les plantes en conducteurs électriques. Mais les arbres réduisent aussi la tension électrique dans lair entre la terre et lionosphère (comme on la déjà vu dans son rôle de parafoudre). Chaque conducteur électrique produit un champ électro-magnétique autour de lui-même, tandis quun courant électrique le traverse. Et, selon une autre loi de la physique, les champs électro-magnétiques des conducteurs électriques samplifient quand ils sont parallèles et quand ils ont des courants qui fonctionnent dans le même sens. Ceci sapplique aussi bien pour les arbres. Dans le monde entier, des milliards darbres participent à la construction et à la conservation du champ magnétique de la terre, ce bouclier est la seule protection contre le rayonnement cosmique qui autrement serait mortel à toute vie sur terre.
La science de lOuest a donc tout de même réussi à nous montrer ce que nos ancêtres savaient déjà depuis des siècles: la forêt est sainte. Sainte parce quelle garde léquilibre et le bien-être du tout. Elle ouvre des portes aux hommes leur donnant accès à une intégrité spirituelle. Avec le déboisement continu des continents, nous scions vraiment le branchage qui nous porte: sans forêt tout meurt, y compris notre espèce. Homme et environnement sont UN, nos prétendus dédoublés de la nature ne sont que des produits de lesprit en vérité.
Les forêts sont les temples de la vie. Nous recherchons la présence des arbres pour nos tentatives de rencontre avec le surhumain, avec le plus grand soi, avec le divin. Les plantations sacrées sont lendroit parfait pour apporter joie et gratitude aux forces de la nature pour refermer le cercle de léchange.
En Inde, chaque communauté locale avait son arbre sacré, une coutume antique à laquelle ni lhindouisme, ni le bouddhisme nont pu changer quelque chose. Les principales divinités hindouistes(Brahma-créateur, Vishnu-conservateur, Shiva-destructeur) sont décrites comme les trois principales tribus de larbre du monde. Linstallation-veda désigne Brahma comme larbre infini du monde et son essence est manifestée dans les arbres. Cest pourquoi le Prince Siddharta a choisi un arbre antique de Pippala (Ficus religiosa), larbre de Brahma, pour ses derniers pas vers lillumination. Ce lieu avait déjà été un endroit de pèlerinage pour Siddharta, un sanctuaire puissant darbres, et après, larbre de Bodhi, larbre de lillumination, il est devenu le symbole du bouddhisme en général. On trouve encore aujourdhui des arbres sacrés en Inde.
Dans la religion japonaise antique du Shinto, les premiers temples furent des arbres sacrés. Avec le temps, des autels ont été ajoutés aux arbres. Cela vaut également pour les tribus de lEurope pré-chrétienne. Les druides celtiques sont connus pour leurs plantations sacrées. Indépendemment de leur rôle comme prêtres, guérisseurs et chamans (utilisant lhémisphère droite du cerveau), ils étaient également des érudits instruits (hémisphère gauche du cerveau), ils étaient respectés par les philosophes et les écrivains grecs de leur époque. Le savoir des druides est la puissance du mot, prononcé ou écrit. Cette puissance du mot est venue de la forêt: lalphabet barde des arbres. Semblable au kabbala juif qui voit chaque lettre de lalphabet hébreux comme ligne dénergie dans larbre de vie, il les associe à des valeurs numériques ou aux contenus spirituels. Les lettres du vieil alphabet irlandais, des noms darbres, correspondent à différents aspects de lêtre. Dans le langage celtique aussi bien germanique, les mots pour apprendre, savoir et la sagesse sont très proches de ceux pour arbre et bois. Les druides portaient aussi le nom de savants des arbres, savants des forêts.
Dans la langue germanique, les mots pour temple sont identiques à ceux pour forêt. Les gardiens des plantations germaniques antiques se sont appelés parawari (de vieux Para. allemands élevés= plantation sacrée, arbre sacré) ou harugari(du haruc= temple, bois, plantation sacrée). Les langues antiques identifient la plantation sacrée en tant quêtre plus élevé, en tant quendroit pour la réception de connaissance spirituelle.

Dans de nombreuses cultures, larbre apparaît comme porte menant à dautres états dêtre. Gauche: larbre du monde mésopotamique qui est devenu le Menorah, larbre de la lumière dans la tradition juive. Droite: le Dieu égyptien antique de la mort, Anubis mène lâme des morts à lentrée de lau-delà et larbre est la voie daccès.
Dans les peuples baltes et slaves, les plantations furent les lieux centrales pour des cultes. Jusquau 19° siècle, le clergé chrétien a dû travailler dur pour localiser et détruire ces endroits de fêtes.
En Grèce antique, le sanctuaire typique était également une plantation sacrée et non le temple de marbre blanc comme lon croit aujourdhui. Même au coeur de lAcropole on a pu trouver lolivier sacré dAthènes.
Les plantations sacrées étaient intouchables à tel point quelles pouvaient fournir lasile aux personnes persécutées politiquement ou juridiquement. Lidée dun sanctuaire fournissant un asile était reprise plus tardivement par léglise chrétienne. Les divinités grecques sont nées de personnes spirituelles célébrant la nature, chacune dentre elles a fait consacrer une plantation sacrée aux Dieux, respectant le caractère des arbres: Apollo, par exemple, était vénéré dans les plantations de laurier, Aphrodyte sous larbre de myrte, Pan dans le pin. Zeus (à Rome Jupiter) était vu dans le chêne et son culte a commencé dans la plantation de chênes de Dodona (oracle darbre dans lEpirus grec pris en charge par des prêtresses résidentes). Sa renommée et sa signification étaient aussi exceptionnelles que celles de loracle de Delphes (qui était un sanctuaire dApollo, de laurier). Dodona était un endroit important de pèlerinage pendant presque 2000(!) années, le dernier rapport date du 4° siècle. Des gouvernements, des styles de vie, des guerres, des religions, des âges historiques entiers passèrent, tandis que dans la paix profonde des plantations comme Dodona, lhomme parlait à larbre et larbre parlait à lhomme.

Offrande sous un arbre sacré. Scène de la pierre dautel dun temple grec à Cybele.
Chaque espèce darbre reflète son entourage. En hiver les arbres agissent comme des antennes qui reçoivent la multitude de forces cosmiques instructives.
Chaque espèce darbre a différentes qualités quelle répand dans son entourage. Les hommes lont senti dès le départ. À des moments précis ils ont recherché un arbre précis. Ils utilisaient une espèce darbre ou de bois précis pour un but précis. Les Celtes prennaient des branches de bouleau pour fabriquer les berceaux pour leurs enfants. Cet arbre marque le début du cycle de vie de la forêt. On fabriquait des balais avec le menubois du bouleau pour balayer lannée passée hors de la maison à nouvel an. Les germains voulaient choisir le bois avec lequel ils allaient être brûlés après leur mort; richesse et faste leur étaient égal. Chêne, frêne, sureau, noisetier, tilleul tous ont leurs propres usages et légendes.
De nos jours nous devons faire ce que nous pouvons pour préserver quelque chose pour ceux qui viendront après nous. Trop longue a été limpitoyable exploitation de toute vie.
Mais que pouvons- nous faire?
Nous pouvons planter des arbres. Nous engager dans notre commune pour la conservation des régions boisées existantes et des autres biotopes. Mais tout dabord nous devrions changer notre façon de penser: les hommes ne sont pas le centre de lunivers; nous sommes des co-créatures dans un système vivant beaucoup plus grand. La terre ne nous appartient pas, mais nous appartenons à la terre. Comme chaque autre espèce, nous avons une tâche et lensemble devrait en profiter. Nos capacités mentales et techniques exigent une responsabilité particulière. Être homme veut dire résister à lavarice et au suicide collectif et gagner une véritable dignité par des action soignées et attentionnées.
Lénorme connaissance et la clarté spirituelle que lhomme (surtout celui qui médite) peut fournir à la nature et lamour que nous pouvons offrir à la nature profitent également aux esprits de la nature pour leur propre évolution. Les arbres ont beaucoup offert à lhumanité, il est grand temps maintenant pour nous de rendre quelque chose à ces formidables créatures. Puis lamitié antique entre larbre et lhomme pourra resplendir.
Lauteur
Fred Hageneder, né à Hambourg en 1962, travaille cordialement avec les arbres depuis plus de vingt ans. Il sintéresse à lhistoire de la religion, à la mythologie et à larchéologie. Il est lauteur du livre L'esprit des arbres une vision globale de lêtre caché des arbres et de différents articles sur ce thème. Il vit comme peintre, artiste du dessin et musicien à lOuest de lAngleterre.
Contact: fred@spirit-of-trees.net